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26/07/05

  Journée off, nous sommes tous les deux terrassés par le choc thermique, Anne Gaëlle restera le plus clair de son temps alitée et prendra des antibiotiques.  Nous allons visiter brièvement la superbe église soutenue par une charpente en bois de cactus, essayons de dîner, nous n’avons absolument pas faim. Fort heureusement, nous trouvons sur la carte une purée « maison » qui me rappelle celle de ma grand mère !  Nous allons nous coucher.

27/07/05

  Nous rendons la chambre à 11h00, petit déjeuner et louons des vtt et un snowboard pour tester les immenses dunes de sables dans le désert d’Atacama. Nous nous engageons dans la Vallée de la Mort, les rochers aux lignes effilés, les couleurs et la chaleur n’ont rien à envier à son homologue des Etats Unis. La progression en vélo semble être une calvaire pour ma puce, je m’en veux…  Je teste une dune, une deuxième un peu plus loin, deux-trois photos, peu convaincant…

Nous repartons et nous croisons trois cow-boys à cheval, l’ambiance est résolument western. De retour à San Pedro, nous prenons le bus « Colque tours » pour avoir un aperçu plus élargi de ces immensités.  Les paysages sont exceptionnels, l’afflux de touristes l’est beaucoup moins.

  La cerise sur le gâteau est le coucher de soleil à la Vallée de la Lune, la cerise est amère : Des centaines de touristes attendent, massés au même endroit un timide coucher de soleil qui ne vaut en rien ce que nous avons vu les jours précédents.  L’afflux de touristes a le pouvoir certains de gâcher n’importe quel paysage, aussi merveilleux soit-il.

  Nous repartons dépités. Une petite purée avec Jean Luc et Marie et nous prenons le bus pour Arica, la ville la plus au nord du Chili, en bordure du Pacifique. Au programme : onze heures de bus sur la Panaméricaine. 22H00, arrêt à Calama, une dizaine de mineurs monte dans le bus après leur journée de travail, ils sont ivres morts. Commence alors pour moi une longue nuit d’observation au cas où… Trois policiers montent, inspectent, les mineurs se calment et repartent de plus belle… Enfin vers 01h30, ils ronflent, je m’assoupis.

28/07/05 

Réveil vers 06h00 après une nuit courte et mouvementée. Nous plongeons dans la mer de nuage, nous arrivons à Arica, ville portuaire agréable sans pour autant pourvue de charme.  Nous sommes au niveau de la mer, à 10 mètres d’altitude, le temps est gris, comme souvent sur ces villes qui offrent leur côte à l’Océan Pacifique.  Nous sonnons à la Residencial Blanquita, une pension bon marché, tenue par une catholique extrémiste mais néanmoins sympathique. Pas cher, propre, kitch à souhait, une vierge trône au milieu d’un sanctuaire qui lui même trône au milieu de l’entrée.  Petite sieste, courte promenade le long du Pacifique, entre Pélicans et surfeurs, et déjeuner au MacDonald ! Nous dévorons. Encore une petite sieste, puis nous déambulons dans le centre ville animé d’Arica, où nous discutons une demi heure avec un Chilien qui a déjà effectué un voyage en France. Coucher.

29/07/05

  Départ matinal pour La Paz. Nous ressortons de cette mer de nuage, puis, après avoir écrasé un chien,  surgissons au beau milieu des montagnes. En quatre heures de temps, nous sommes un peu hébétés à 4500 mètres d’altitude. Formalités à la frontière chilienne, les mêmes à la frontière bolivienne. Les paysages sont de toute beauté, nous sommes dans le parc du Lauca, les volcans enneigés pointant leur dôme à plus de 6000 mètres, se succèdent : Parinacota, Sajama…

Dans le bus, je sens qu’on me touche les cheveux. Je me retourne, une vieille bolivienne me regarde en souriant. Nous arrivons enfin à La Pas, vers 18h00, avec l’étrange sentiment d’arriver chez nous. Nous allons dîner dans un restaurant « chic », à savoir 10 euros à deux : j’essaie le steak de lama, ce n’est pas mauvais, bon même, mais ce n’est ni de la viande blanche, ni de la viande rouge. Hôtel et au lit.

30/07/05

  Beaucoup d’impératifs aujourd’hui : payer l’hôtel, en trouver un autre pour le 11 août, changer des espèces, s’assurer auprès de Varig que nous rentrons bien e n France, faire les sacs et payer le guide pour le Huyana Potosi. 16h00, tout est fait, nous partons le soir même pour Potosi, la plus haute ville du monde, perchée à 4100 m. Encore dix heures de bus !  Départ 08h30, je m’endors assez rapidement devant un vieux film Américain avec Stallone. 

31/07/05

  02h00, le bus s’arrête au milieu de nulle part.  05h30, nous arrivons à Potosi. Nous prenons un taxi, arrivons à l’hôtel. Nous réveillons l’hôtelier : « No possible, no possible, 10 de la manana ! » La chambre est disponible à 10h00 du matin, nous restons dubitatifs face à l’interphone désormais muet. Nous reprenons les sacs et commençons à marcher dans Potosi, baignée dans la nuit. Deux gars nous interpellent, nous faisons la sourde oreille. Nous arrivons à une guitoune. Deux gars mangent des Hamburgers avec des frites. Il est 06h15 ! Nous discutons un peu, nous voulons boire du thé, c’est possible… au terminal de bus.  Un des gars nous dit qu’il est dangereux de se promener de nuit à Potosi. Un taxi arrive, ce même gars nous dit que les taxis sont dangereux et qu’on ferait mieux de venir avec lui… Nous montons plutôt dans le taxi, direction retour à la case départ, le terminal de bus. Nous buvons un thé dans un local miteux, il est 06h30.  Nous repérons dans le guide un restaurant qui sert de bons petits déjeuners, il ouvre à 07h30. Nous reprenons un taxi, parvenons au restaurant à 07h20, dix minutes d’attente dans le froid, et enfin nous sommes au chaud. Nous y restons jusqu’à 10h00 à jouer aux dés. 10h30, nous prenons possession de la chambre, il y fait 5 °c. Sieste puis visite de la ville.  Potosi est une charmante cité coloniale, dominée par le Cerro Rico, une immense mine d’argent qui fit la richesse de cette ville.

  Il y est très agréable d’y flâner, les maisons sont colorées, ornées de jolis balcons, les églises sont multiples et raffinées. Nous dînons puis allons nous coucher.

01/08/05

  Pendant le petit déjeuner, nous nous décidons pour visiter les mines d’argent. Le départ a lieu à 13h00 avec notre guide et une basque peu causante. Nous passons par le dépôt où nous nous équipons : pantalon imperméable, veste, casque, bottes, lampes à acétylène…  Nous passons ensuite par le marché, dans le quartier des mineurs pour leur acheter quelques denrées de base. La mine leur appartenant, ils payent tout de leurs poches déjà peu remplies… Nous achetons des feuilles de coca, des boissons, des cigarettes, de l’alcool à 96 °c (!) et de la dynamite ( !! ). En effet, la dynamite est en vente libre dans les échoppes le long de la rue.

 

  Nous nous élevons sur cette montagne qui domine Potosi, puis, après avoir assisté à une explosion de dynamite, nous parvenons à l’entrée de la mine, assistant à un curieux spectacle.

  Hommes, femmes et enfant siègent à l’entrée de la mine. Plusieurs carcasses de lamas trônent, tous mâchent des centaines de feuilles de coca et s’affairent à en décortiquer une autre, les fœtus sont récupérés, le sang est dispersé sur les murs pour s’accorder les faveurs de Pachamama. 

  Nous rentrons peu rassurés dans la mine, quinze centimètres d’eau au sol, nous marchons entre deux rails et la hauteur maximale n’excède pas 1.80 m.

  50 mètres, le noir absolu, nos évoluons dans un univers ténébreux et froid. Après une heure de marche, l’air chaud se fait sentir, nous sommes à la porte des enfer, Tio en est le gardien, nous parvenons à son sanctuaire.

Tio est l’incarnation du diable, et, tous les mineurs qui descendent se doivent de lui faire des offrandes pour être protégés dans les entrailles de la terre. Il est représenté par une statue en terre, à taille humaine, pourvu de cornes et d’un gros pénis. Un fœtus de lama est à ses pieds. Ainsi, nous lui offrons des cigarettes, nous les lui mettons allumées dans la bouche, nous dispersons sur lui des feuilles de coca, de l’alcool à 96°c, tout en récitant des prières. Le rituel est organisé et solennel, l’instant est fort, troublant même… Nous poursuivons notre chemin, certains passages n’excèdent pas 80 centimètres, nous évoluons à quatre pattes. La chaleur s’intensifie, les vapeurs de Silice et d’amiante deviennent irrespirables. Je me mets à tousser, une gorgée d’alcool à 96 °c est c’est réglé. Tout d’un coup, nous apercevons quelques lumières flotter sur les murs sombres. Nous arrivons à un des lieux d’extraction de l’argent. Un bruit sourd se fait entendre, nous tombons nez à nez avec un wagon poussé avec souffrance par cinq hommes. Nous échangeons quelques mots, les mineurs paraissent exténués.

 Leurs conditions de travail sont difficiles, inhumaines, les mineurs de Germinal n’ont rien à leur envier. Le choc et le retour dans l’Histoire s’imposent à nous. Nous leur offrons quelques produits et repartons. Le guide s’arrête et nous explique qu’il veut monter au deuxième niveau. Le passage est escarpé, je reste donc avec ma puce. Ils sont de retour dans cinq minutes. Curieuse sensation d’être seuls, sans un bruit, sans la moindre lueur, nous semblons abandonnés au fond de cette mine.  Si nos lampes s’éteignent, si le guide ne revient pas, si la cavité s’effondre. Vingt minutes d’attente à 4400 mètres, les secondes sont longues, très longues… Puis, enfin, une lueur, une lumière, une lampe, ils reviennent et nous prenons le chemin de la sortie. Trente minutes avant de revoir le soleil, une fumée s’amplifie dans le conduit où nous sommes. Elle devient de plus en plus opaque, l’air est de moins en moins respirable, nous mettons des écharpes pour couvrir nez et bouche, nous ne voyons plus rien, nous trébuchons… Notre guide nous ordonne de marcher plus vite… Enfin, à travers le nuage opaque, une lueur, la sortie et des carcasses de lamas qui brûlent tant et plus devant l’unique accès à la mine. Quelques minutes pour se remettre du choc, Anne Gaëlle craque. Enfin, la lumière, l’air, la liberté après deux heures trente dans l’obscurité. Nous allons acheter des chaussettes ( les nôtres sont désormais inutilisables ), celles ci sont taille unique… Dîner et coucher, morts de fatigue.

02/08/05

  Départ 12h30 pour Sucre. La route serpente dans les vallées asséchées, trois heures de route, nous arrivons à Sucre.

  Sucre est une ville coloniale de toute beauté, perchée à 2700m, éden où chaleur et raffinement procurent une sensation de bien-être, une ville au parfum d’occident. On ne compte pas les églises et les clochers blancs, les façades coloniales et les palmiers. Enfin des températures clémentes. L’hôtel est très confortable et peu onéreux ( 12 euros ). Nous nous payons le luxe de regarder les informations en français à la télévision.

03/08/05

  Balades, restaurants, enfin un peu de douceur dans une ville où il fait bon vivre…  Le soir,  Sucre est animé, les étudiants investissent la Plaza Del 25 Mayo et les nombreux pubs sont pleins.  Nous savourons notre lit douillet.

04/08/05

  Nous repartons le soir même pour La Paz, encore quatorze heures de bus.  Toute la journée, nous nous promenons, prenons l’ambiance assis à la terrasse des cafés, nous n’en loupons pas une miette.  Sur un banc, une horde de cireurs de chaussures nous aborde, il sont âgés de 8 à 10 ans. Samuel veut une pièce de notre pays. Je trouve vingt centimes d’euros, je lui montre sur le verso de la pièce, la carte de l’Europe. Nous regardons ensemble les places de la France, de l’Espagne, de l’Angleterre… Les autres en veulent, nous leur donnons des stylos, des adultes arrivent, nous leurs distribuons les derniers. 7h00, nous sommes dans le bus, pas de toilettes pas de chauffage, voilà qui explique le prix intéressant de notre retour…

05/08/05

  06h00 du matin, gare routière de La Paz. Un thé dans une guitoune glacée. 07h30 nous sommes à l’hôtel, nous jouerons aux dés jusqu’à 10h30, heure à laquelle la chambre se libère. Nous passons à Alaya, bureau des guides pour un briefing matériel pour mes trois jours de montagne entre le 08 et le 10 août. Sieste, achats et promenades.

06/08/05

  Route puis piste pour la plus haute station de ski au monde, Chacaltaya à 5300 mètres d’altitude. Plusieurs raisons pour cette excursion : tout d’abord par curiosité, ensuite pour les paysages qui surplombent l’altiplano, enfin pour me permettre de m’acclimater pour les jours suivants et de permettre à Anne Gaëlle de passer la barre symbolique des 5000 mètres.  Le minibus nous dépose à 5300 m, il faut une heure de marche pour accéder au sommet des pistes à 5440 m.  La station est rudimentaire, pas ou peu de neige, et un vieux câble obsolète qui fait office de remonte-pente.  Nous partons, Anne Gaëlle prend peur et rebrousse chemin, sensation inconnue et effrayante pour mon petit cœur… Je sens mon cœur qui s’emballe, le souffle abdique, je suis bien en altitude, je ressens avec plaisir ce que le manque d’oxygène impose aux organismes. Je monte rapidement, du sommet, je peux observer à loisir la face du Huyana Potosi que je tenterai de gravir deux jours plus tard. Les vues sont panoramiques, La Paz et sa pollution, l’altiplano et la Cordillère Royale… Je la rejoins. Nous buvons un maté de coca, et redescendons sur La Paz.

07/08/05

  Promenades et repos, nous profitons de la dernière journée ensemble avant mon départ en montagne.

08/08/05

  09h20, le guide arrive vient me chercher, un gros baiser à ma femme et nous partons. « ne t’inquiète pas avant 20h00, le 10 août » 300 mètres de marche arrière sur la voie rapide, apparemment, il y a quelques problèmes de logistique… Je monte dans un autre 4x4, je rencontre deux français. L’un vient du Pérou à vélo, l’autre est depuis neuf mois en Amérique du Sud.   Nous arrivons vers 11h30, le Huyana Potosi s’impose à nous.

  Je pense que nous allons manger un petit quelque chose… et non, je m’équipe et nous partons à 12h00 pour le sommet du Charquini ( 5350 m).  Le Charquini est une petite montagne, son intérêt est limité, le sommet est peu esthétique et peu technique, mais son ascension me permettra de parfaire mon acclimatation. Le sentier longe un précipice impressionnant puis nous gagnons le glacier. Le temps est instable, les sommets couverts, quelques flocons tombent. Vers 5100 m, je commence à souffrir, le sommet est atteint à 15h15. Le Huyana Potosi est dans les nuages,  j’espère que cela ne durera pas…

  Nous redescendons, je suis mort de faim, j’ai dans le ventre les deux malheureuses tartines avalées à 08h30 ce matin !  Dans la descente, nous discutons avec Rodolphio, il ne manque pas d’humour, nous lions sympathie. Nous parvenons au refuge quasiment vide ( 4650 m ), je rencontre deux français, nous dînons puis je vais me coucher. Mon cœur me manque terriblement, première aspirine.

09/08/05

  Après une bonne nuit de dix heures, nous partons vers le camp 2, à 5250 m. Rodolphio m’avait annoncé trois heures de marche, en deux heures nous y sommes. Je rencontre trois français croisés la veille.Le camp 2 est un amas de tentes, posées à même les rochers au pied du glacier.

 Je domine toute la vallée de cette terrasse en plein ciel.  

  Je retrouve également les deux français rencontrés dans le 4x4 la veille, ils sont allés au sommet.  Dîner à 16h30.  Je me sens bien, chaque geste trop brutal m’affecte, mais tout cela est normal. Je n’ai pas de mal de crâne, mes idées sont plutôt claires, tout cela est de bonne augure pour demain.  J’aime se sentiment : je suis avec ma petite tente, planté à 5250 m, je ne suis pas seul mais l’ambiance haute montagne me touche profondément.  Je me couche vers 18h00, étant persuadé de pouvoir trouver le sommeil. Dans la tente des français, j’entends des fous rires incontrôlables, ceux que nous avions également avec Gatien lorsque l’altitude et le manque d’oxygène réduisent les capacités mentales. Du coup, je me prends à rire tout seul…  J’écoute le vent, je pense à ma petite femme, mais je ne trouve pas le sommeil… Je m’assoupis vingt minutes, je me réveille, il est 00h23, mon réveil sonne dans sept minutes…Il fait –5°c dans la tente.  Dehors, le vent est fort, très fort même…  01h00, Je bois un thé glacé dans un univers glacial, l’obscurité est  totale, la température n’excède pas –20°c.  01h20,nous partons. Nous marchons vite, très vite, nous distançons les quelques lampes frontales qui s’étalent sur l’itinéraire. Seul un espagnol et son guide nous accompagnent. Nous parvenons assez vite au Campo Argentino ( 5450 m ), nous distinguons tout au loin la nuée que forme les lumières de El Alto quelques 1500 mètres plus bas. 5500, 5600, 5700, les sensations sont  bonnes, nous passons quelques crevasses  que nous ne voyons qu’à peine, nous enjambons  ces précipices de glaces qui pour certains s’évanouissent à plus de vingt mètres dans les profondeurs du glacier.  Un passage vertical, la traversée d’un plateau glaciaire, bientôt 5800 mètres, mes forces me  quittent, elles abdiquent.  Je marche  machinalement, ne sachant pas si je pourrais atteindre la consécration. Je suis épuisé, je paie sévèrement mon manque de préparation et de condition physique.  5900 m, je m’arrête tous les vingt mètres. Une cordée nous dépasse à vive allure,je reste planté, essayant de happer au passage, les moindres molécules d’oxygène.  Nous abordons enfin la dernière difficulté, je doute encore de mes aptitudes physiques à atteindre le sommet. La dernière partie est constituée par une paroi de 45° en moyenne, mais composée de pénitents, ces colonnes de glace formées par le vent, si caractéristiques des montagnes d’Amérique du sud. Ainsi, il  faut louvoyer, se faufiler, se frayer un passage, il faut également assurer ses ancrages, planter son piolet dans une glace friable, tout cela avec des passages qui parfois sont  proches de la verticale. Je suis exténué, je fais une pause tous les dix mètres.  Enfin, à 06h40, l’obscurité totale, laisse sa place à une fine ligne orange à l’horizon, le lever de soleil accompagne les derniers mètres de mon calvaire.

  Il reste dix mètres, je sais désormais  que je foulerai le sommet…

  06h50, je suis au sommet du Huyana Potosi à 6088 mètres d’altitude, il fait –20°c, nous avons mis 05h30, laissant derrière nous bon nombre de cordées. Je suis très fatigué, affecté même, mais très heureux de fouler mon quatrième 6000…

  Les perspectives sont infinies, l’altiplano, El Alto, le Lac Titicaca… Je pense à ma puce que je vais retrouver dans quelques heures. L’horizon nous offre l’ombre la montagne, elle se dessine, grossit et s’évanouit en quelques instants.

  L’instant est fort mais il se doit d’être court. Le froid mordant et le manque d’oxygène nous obligent à redescendre. Déjà d’autres alpinistes nous rejoignent, nous nous congratulons mutuellement, échanges brefs mais sincères.

  Nous redescendons , découvrons au fur et à mesure, l’ampleur des espaces traversés dans l’obscurité.

  Un milieu moins hostile se découvre, je devine La Paz, la bas, au fond, c’est encore très loin…

  09h30, nous sommes au camp, je mange un peu, cela fait quinze heures que je n’ai rien avalé, je m’hydrate. Rodolphio me demande si je veux dormir. Non, je suis pressé de redescendre. 12h00, nous sommes au refuge, à 14h00, je suis à La Paz, mon cœur m’aperçoit du balcon de la chambre, c’est un réel moment de bonheur.  Je me douche, je mange, je dévore.  Curieusement, je ne suis pas trop fatigué.  Nous dînons dans un bon restaurant, je m’endors très vite.

11/08/05

  Le plaisir de rentrer est en demi-teinte, nous aimerions rester quelques semaines, quelques mois de plus ; découvrir l’Argentine, le Brésil… Nous passons la journée à nous promener, à flâner, à utiliser à plein régime nos cinq sens, conscients que tout cela va nous manquer.

  Petit passage à Varig pour confirmer, quelques photos puis nous changeons d’hôtel pour la dernière nuit, ils n’avaient pas enregistré notre confirmation.  Nous passons dans le marché de la sorcellerie, des fœtus de lamas gisent sur les tables, côtoyant toutes sortes d’herbes, des bestioles en tous genres et les denrées alimentaires de base… Nous faisons les sacs et nous nous endormons, conscient de passer nos ultimes instants en Amérique du sud.

12/08/05

  Nous prenons le taxi à 10h00, déjeunons à l’aéroport.

  La grande baie vitrée, nous autorise un dernier coup d’œil sur El Alto et sur le sommet du Huyana Potosi, nous sommes heureux, nous sommes tristes…Nous savons également que les prochaines heures risquent d’être longues. Nous embarquons pour Santa Cruz, le décollage est impressionnant. En effet, l’oxygène et rare et l’avion à besoin de cinq kilomètres pour décoller et il peine à prendre de l’altitude, rasant pendant de longues minutes les maisons délabrées de El Alto. Nous approchons à quelques dizaines de mètres du sommet de l’Illimani ( 6400 m ), à tel point que nous y distinguons la trace des alpinistes. Curieuse sensation d’approcher avec un Boeing 737, des espaces réservés aux alpinistes. Courte escale à Santa Cruz, envol pour Sao Paolo. Courte escale à Sao Paolo, envol pour Paris.

13/08/05

  Il est 14h00, heure française, à peine 08h00, pour notre horloge biologique bolivienne, nous passons au dessus de l’Ile de Noirmoutier, où nous nous rendons trois jours plus tard. Je pense à ma famille que je vais y retrouver. 15h00, Roissy Charles De Gaulle, nous y sommes, Laurent et Damien sont là, nous, certainement encore là bas…

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