Pérou, cinq semaines sur les cimes... (2002)

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Départ de Huaraz vers 6h00 du matin, en collectivo (taxi collectif grand comme un Renault espace). Nous prenons la direction de Yungay mais petit à petit le collectivo se remplit... A Yungay, nous sommes vingt-quatre à l'intérieur ( ! ) sans compter le chauffeur!    Nous devions descendre à Yungay pour prendre un autre collectivo mais les chauffeurs insistent pour nous conduire aux Lagunes de Llanganucco... Cela nous semble bizarre mais face à leur bonne humeur communicative, on ne se méfie pas assez... 

Deux heures de piste chaotique plus tard, le chauffeur nous dépose à bon port...
Par contre, le prix à changé, il s'assied à côté de nos sacs et ne veut pas nous prendre les 15 soles ( 4.5 Euros) prévus mais nous en demande 100 soles, puis 120 ! On s'en sort pour 110 soles, on s' est fait avoir ! 

Il nous en faut plus pour nous déstabiliser, après dix minutes de marche, nous arrivons au premier camp à 3900 mètres d’altitude: magnifique ! Notre camp domine discrètement les eaux bleutées des lagunes écrasées par la puissance austère du Huascaran Nord. 




Montée difficile (35 Kilos sur le dos) au camp 2 à 4330 mètres d’altitude, nous finissons complètement déshydratés... Nous pensions trouver un endroit pour bivouaquer vers 4200 m mais ce fut impossible... 

Le bivouac est cependant très agréable mais nous avons mis 1h15 pour trouver de l'eau !
Les premiers maux de tête se font sentir mais rien d'alarmant, nous avons de plus, une vue magnifique sur la face sud du Nevado Pisco ( 5752 m ), l'objectif de notre dizaine.

   

   


Départ matinal pour le camp de base du Pisco ( 4615 mètres ).
Après 3 h de marche nous y parvenons, seules deux expéditions occupent les lieux: 2 français et 13 espagnols. 

  Avec Frédéric, nous allons marcher 1h30 vers 4800 m, espérant ainsi apercevoir l'itinéraire du lendemain qui doit nous mener au camp moraine ( 4950 m ). Nous avons une superbe vue panoramique sur les Huandoy ( 6394 m ), le Chopicalqui (6354 m ), le Huascaran sud ( 6768 m ) et sur le camp de base où nous tentons d'apercevoir Gatien... 

     

Nous rencontrons des américains qui nous disent qu'une énorme crevasse barre l'accès au sommet du Pisco : nous verrons bien... 

Dans l'après Midi, nous avons une visite surprise de notre guide ( pour la suite ) et de notre contact français : Marc Masconi, qui étaient lui aussi au camp de base...
Nous discutons un long moment, ils semblent très passionnés et professionnels.
La journée se termine comme toujours par une partie de carte ( le jeux de cartes est un élément indispensable à la réussite d'une expédition...) 


Objectif de la journée: rejoindre le camp moraine ( 4950 m )... Le cheminement est paraît-il difficile à trouver et laborieux. 

Imaginez un espace grand comme quarante terrains de foot, jonché de rochers entre lesquels se frayer un chemin relève parfois plus de l'escalade que d'une simple marche d'approche. 

Le poids des sacs, l’altitude et la déshydratation nous imposerons nombre de pauses...
Nous croisons deux français d'Orsay (!) qui nous dépannent en eau (merci encore) et qui nous assurent que le camp n'est plus qu'à 30 minutes. 

  

Cinq heures alors que nous pensions en mettre trois ! La vue que nous avons de notre camp est époustouflante… 

Nous montons le camp, Marc et notre guide, nous rendent une seconde visite en redescendant du sommet, nous partageons un thé puis nous nous séparons.
Nous n'avons plus trop mal à la tête mais ma gorge me brûle et le soir je fais une petite poussée de fièvre. Notre trousse à pharmacie est complète, nous utilisons tous nos médicaments pour soigner les petits maux et l'aspirine pour nous éviter les maux de tête . 


Je passe un très mauvaise nuit, le lendemain, la fièvre est tombée mais le mal de gorge persiste. 

Notre objectif est d'effectuer un portage jusque 5325 m, là où nous devons bivouaquer demain... Nous emportons donc environ 4.5 litres d'essence et une soixantaine de lyophilisés, ce qui devrait nous délester de 7 kg par personne pour le lendemain. 

Arrivés au col, Frédéric et Gatien vont cacher les sacs au pied d'un bras rocheux sur les flancs du Huandoy. La vue est splendide du col, le vent transperce, glace et fige.  Nous y sommes rejoints par une cordée composée d'un guide péruvien, d'un client américain et d'un client péruvien lui aussi... 

Ce dernier est mal en point et le guide nous demande si cela nous dérange de le redescendre au camp moraine (nous y redescendions)... Scandaleux de la part d'un guide d'abandonner son client mais comme nous redescendons, nous acceptons !
Arrivés en bas, nous discutons avec le client péruvien, nous lui faisons du thé, lui donnons de l'aspirine, mais il ne semble pas au mieux... Il vomit, son état s'arrange, le guide péruvien réapparaît quelques heures après et tous redescendent pour un repos bien mérité. 

Le soir, nous sommes toujours seuls à 4950 mètres, prêts à y passer notre deuxième nuit...
Les températures chutent vite en dessous de zéro, nous nous payons le luxe de faire un petit feu de camp... 


C'est le jour où nous devons monter bivouaquer au col à 5325 m... Ma gorge ne va pas mieux ... A 10h30 nous sommes en haut, nous montons la tente et nous mangeons.

  

16h30 Gatien avoue ne pas se sentir bien, nous nous laissons 30 minutes pour prendre une décision, et nous préférons jouer la sécurité. Nous démontons, redescendons en vitesse et replantons la tente à 4950 m pour une troisième nuit à cette altitude... 

Un coup de chaleur, un coup d’altitude et un peu de panique nous ont fait pendre la décision de redescendre, nous ne sommes pas là pour prendre des risques.
Nous arrivons extenués au camp à 4950 m, 30 minutes avant la nuit, nous prenons une décision. Nous sommes très fatigués par ces nuits consécutives à près de 5000 m, nous nous affaiblissons et ne mangeons plus beaucoup : demain on tente le sommet et on redescend en cas de réussite... 


Départ tardif vers 7 heures pour le sommet du Pisco, quatre heures de montée plus tard (et de souffrance , un peu), nous arrivons à la crevasse dont nous avait parlé les Américains.
Un petit assurage au piolet plus tard et la crevasse est passée dans des conditions de sécurité maximales  On ne voit pas le fond, au moins quarante mètres de vide et le pont de neige ne tient que d'un coté).

   

   

Le sommet nous tend les bras, encore 20 mètres et nous découvrons la vue magnifique du sommet du Pisco ( 5752 mètres ) sur la cordillère blanche et les contreforts de l'Amazonie. Nous sommes seuls au sommet et après 30 minutes de contemplation en plein vent ( -15 degrés ) nous redescendons au camp moraine à 4950 m. 

Après avoir récupéré, nous sommes rejoins par deux expéditions. La première est composée de deux français et d'une péruvienne : ils travaillent plus ou moins pour le compte du gouvernement et ont un palmarès montagnard conséquent.
La seconde, est composée de deux belges de nos âges qui tenteront le sommet le lendemain...
Après une soirée sympathique, nous allons nous coucher. 


Enfin, après quatre nuits à presque 5000 mètres, nous redescendons, épuisés... Nous faisons une halte au refuge à 4665 m d’altitude : overdose de lyophilisés : nous buvons trois litres de coca et mangeons des spaghettis et des sandwichs
Nous décidons de redescendre directement à 3900 m pour pouvoir récupérer physiquement, mentalement le plus vite possible...

De plus, Gatien m'a rejoint dans mes maux de gorge, il faut redescendre.
Enfin arrivés à 3900 m, nous nous sentons revivre: de l'air, de l'herbe et des Hommes !!!
Vers 17h00, les belges nous rejoignent , on réussi à les convaincre de bivouaquer avec nous pour prendre ensemble dès le lendemain un collectivo. 

 

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Photos et textes © Pierre Letienne